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Viticulture

Vendredi 18 mai 2007
Au « peuple vigneron »

Voici le texte de la déclaration·:

«Peuple vigneron, cela fait cent ans que tu luttes pour ta survie et que rien ne change, que tu dors sur des cailloux pendant que d'autres font gonfler leur mate­las à ton détriment, contrôlés par la mafia commerciale du négo­ce et de la grande distribution dont la seule règle est de saigner à blanc la viticulture. Cela suffit. Les présidents des organisa­tions professionnelles se gavent sur le dos de leurs adhérents et ne servent que leurs intérêts professionnels ( ... ).Prenez garde, tous tes acteurs de la filière seront visés! Pour cela nous appelons le peuple vigneron à radicaliser l’action. Car toutes les autres formes de revendication ont montré leur inefficacité. Nous demandons à Monsieur le président de la République de tenir ses promesses électorales car si par hasard Monsieur Sarko­zy n'allait pas dans le sens des intérêts viticoles, il porterait I'en­tière responsabilité de ce qui se passera. Vignerons, nous vous appelons à vous révolter. Nous sommes au point de non retour. Soyez les dignes descendants des révoltés de 1907 où des gens sont morts pour permettre aux générations futures de vivre de leur labeur (. .. ). L'ultimatum: si dans un mois rien n'a changé, que les prix du vin ne sont pas repartis à la hausse, les vignerons sortiront du maquis et passeront à l'action: Volem viuvre de nostre mestier».
"CRAV"
Par Ressaire
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Mercredi 23 mai 2007
Je suis fils et petit fils de vignerons, mon cousin est viticulteur. Je veux m'exprimer non pas en tant que technicien de la viticulture car ce n’est pas de ma compétence mais en tant que languedocien d’origine et occitan. Je suis affligé et ulcéré par le communiqué du CRAV, ses méthodes inspirées des clandestins corses (cagoules, conférences de presse clandestine et actes de violence destructrice. D’abord l’emploi de l’expression : « peuple vigneron » me paraît ambiguë. Il n’y a pas de peuple vigneron pas plus qu’il n’y a de peuple languedocien au sens strict du terme. Il y a, oui, un peuple occitan qui officiellement n’existe pas dans la République française. D’autre part, la révolte des vignerons languedociens de 1907 à laquelle le CRAV se réfère appartient à l’histoire et la situation de la viticulture languedocienne aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’il y a un siècle. Aujourd’hui le Languedoc ne se réduit pas à la vigne. Il s’est beaucoup urbanisé et le poids de l’agriculture y a beaucoup diminué, comme dans l’ensemble de l’hexagone d’ailleurs et dans les pays voisins. La viticulture languedocienne subit de plein fouet les effets de la mondialisation et notamment de la concurrence acharnée sur le marché international du vin. Elle subit aussi les effets de la politique viticole de la Commission européenne, du gouvernement français et du monde du négoce. Face à ces différents acteurs, les vignerons connaissent des fortunes diverses. Si partout des efforts ont été réalisés pour améliorer la qualité du vin produit, certains s’en tirent très bien, d’autres non. Mon cousin fait partie de la première catégorie. Certains de ceux qui ne s’en tirent pas, à mon sens une petite minorité, ont choisi de casser pour se faire entendre, dénonçant la mafia du négoce et de la grande distribution. Ils viennent de lancer un ultimatum d’un mois au nouveau Président de la République à qui ils demandent, ni plus ni moins, de faire monter les cours du vin. Cette attitude est ridicule. Comme trop de nos compatriotes occitans aliénés de génération en génération, ils attendent tout de l’Etat, notamment qu’il garantisse un niveau de vie décent dans l’activité qu’ils ont choisie. C’est le sens de leur mot d’ordre dans notre langue : « Volèm viure de nòstre mestièr ». Ils se trompent tout bonnement d’époque. Nous sommes en 2007 dans une économie mondialisée de type capitaliste où règnent la loi de l’offre et de la demande et la concurrence dans la viticulture comme dans les autres secteurs d’activité. Il n’est donc pas scandaleux de trouver dans les grandes surfaces des pays européens et chez nous des vins de diverses provenances. Après tout, ce sont souvent des Occitans qui ont contribué au développement de la viticulture en Californie, en Australie etc. S’adresser à Sarkozy est légitime si on ne pose pas un ultimatum mais il faut bien voir que le gouvernement français n’a pas le pouvoir de faire monter les cours du vin. N’y a-t-il pas un examen de conscience à faire chez ces partisans de la violence ? Se posent-ils seulement la question de l’image qu’ils donnent de la viticulture dans l’opinion au niveau national et régional ? Toutes les personnes à qui j’ai parlé de ce communiqué dans le village languedocien du biterrois où habite ma mère ont très vivement dénoncé les méthodes du CRAV (Ils en ont été victimes quand le SuperU du village a été saccagé par un commando l’an dernier). Si le vin ne se vend pas, c’est pour une multitude de raisons. J’observe que ceux qui produisent des vins plutôt haut de gamme comme mon cousin dans le Faugère, n’arrivent pas à satisfaire la demande. Et les autres ? Quand on est vigneron, on doit être aussi chef d’entreprise et commercial à moins de confier ce rôle aux coopératives dont certaines ont fait des investissements somptuaires et peu judicieux. Il faut trouver des marchés nouveaux et offrir des prix compétitifs. Ce n’est pas impossible puisque, par exemple, l’Asie consomme de plus en plus de vin. Il faut aussi, quitte à se faire violence, adapter son produit aux goûts nouveaux des consommateurs internationaux. Si le consommateur veut du grenache, il faut lui en offrir. S’il veut du vin mélangé à un autre produit ou avec un degré plus faible ou du jus de raisin ou d’autres produits dérivés du vin, il faut les lui vendre. S’il faut faire des chambres d’hôte avec visite du vignoble, repas et dégustation, pourquoi pas ! Il faut être inventif
En dernier lieu, si on ne trouve pas de solutions pour vivre de la viticulture, au lieu d’attendre une rente du gouvernement, il faut faire autre chose. Est-ce à dire qu’il n’ y a rien à attendre du gouvernement ? Bien sûr que non. La consommation de vin n’a fait que baisser dans l’Etat français ces dernières années. Elle pourra remonter un peu si le gouvernement assouplit la loi Evin, met de l’ordre dans le négoce et exerce des pressions sur la grande distribution. Mais son action n’aura qu’un effet relativement marginal et ceci pour une raison bien simple : vu de Paris, les intérêts de la viticulture languedocienne ne pèsent pas très lourd et encore moins vu de Bruxelles où on se préoccupe surtout de réduire la production par l’arrachage. Si la Région Languedoc-Roussillon avait autant de pouvoirs que la Généralité de Catalogne en Espagne, par une simple question de proximité entre le lieu du pouvoir et les administrés, peut-être pourrait-elle mieux défendre les intérêts de la viticulture languedocienne.
Dans tous les cas, les « maquisards », dont on peut comprendre le désespoir, font fausse route et se marginalisent en choisissant la violence pour se faire entendre. Ils étaient 800000 à Montpellier en 1907, combien seraient-ils aujourd’hui, Ne comptez pas sur moi pour défendre l’indéfendable. Il y a mieux à faire pour la viticulture, le Languedoc et l’Occitanie.
Josep Serre
23 mai 2007
Par Ressaire
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Vendredi 25 mai 2007
Nous sommes encore un bon nombre ce « peuple de la vigne » à vouloir « viure de nostro mestier. » Chacun à sa façon, chacun suivant son tempérament nous résistons, nous nous adaptons nous nous battons Des chiffres (préfecture de région) Nous représentons 30 000 exploitations et 29000ha de vignes ; notre nombre a diminué de 42%en 12 ans 18000 viticulteurs, soit 57% du total a plus de 50 ans,, ils possèdent 18000 ha soit 20% du vignoble 2/3 d’entre eux n’a pas de successeur. La vinification se fait soit en coopératives pour 200 000 ha 70% du vignoble.( Le nombre des caves coopérative est passé de 536 en 1982 à 315 aujourd’hui) soit en cave particulière 5050 déclarants pour 93 000 ha Nous avons investi… La restructuration de notre vignoble est en marche depuis 30ans, elle n’est pas terminée. Nous avons arraché, …Nous savons qu’il faudra arracher encore, Nous avons replanté, En viticulture quand on plante c’est pour quarante ans, on ne change pas de cépages comme ça. Nous avons adopté de bonnes pratiques viticoles. Nous nous sommes diversifiés, nous avons limité nos rendements, nous avons améliore la qualité. Certains ont investi dans le tourisme d’autre ont préféré que leurs femmes qui les aidaient sur l’exploitation travaillent ailleurs et ramènent un salaire En 4 ans le prix du vin a été divisé par2 ; le chiffre d’affaire ne couvre pas cette année nos frais d’exploitation .Tous les secteurs de la viticulture sont touchés, certains plus durement que d’autres. AOC inclus. Cette baisse des prix à la production ne s’est répercutée sur les consommateurs ? Les propositions techniques qui sont faites sont souvent aberrantes L’extraction d’alcool l’intégration d’arômes artificiels, le dé sucrage des moûts...vont bénéficier aux négociants européens qui disposeront d’un arsenal technique légal pour produire une boisson qui garderait l’appellation Vin. On nous parle d’augmenter les rendements pour rendre nos exploitations plus rentables. La démarche de qualité liée aux pratiques vitivinicoles, pour lequel on se bat depuis 30 ans est mise au second plan On nous pousse à exporter en nous faisant miroiter les aides à l’exportation; Elles doivent être supprimés en 2012 : OMC oblige. Enfin un point positif . La proposition de réunir les professionnels viticoles de chaque région dans un Comité de Bassin viticole pour définir une politique régionale sur la question était une idée, de 98 arrêtée en chemin par la réalité politique française, qui n’accepte pas le pouvoir économique régional. Le centralisme français fait des dégâts dans tous les domaines. Comparons la Catalogne et le Languedoc Roussillon, Sète et Barcelone, la Corse et la Sardaigne notre viticulture est en crise, ce n’est pas la faute des gens de ce pays, des languedociens ou des néo-languedociens qui, très nombreux ont pris des initiatives, et investi. Un système politique français centralisé, et une sur administration parisienne en sont la cause ; Très souvent la désignation des responsables de structures dépend de l’Etat, c’est cas pour l’INAO, (Comité national vin et du Conseil compétent en matière de d’agrément et de contrôles est en cours…) le centralisme français a joué a plein son rôle néfaste. Le gouvernement a su déstructurer une partie du syndicalisme viticole languedocien et à diviser la profession Nous avons enfin obtenu un « comité de Bassin », c et la région Languedoc Roussillon monte au créneau pour aider sa viticulture ; malheureusement elle le fait dans un cadre très français, habillée elle même de bleu blanc rouge, balayant d’un coup de main les avancées élaborées par la profession, Monsieur Freche devient le défenseur de la viticulture et impose sa marque. Certains courbent le dos résistent, d’autre se révoltent, tous nous revendiquons notre appartenance a ce « peuple de la vigne » qui en référence à 1907 colle à cette terre à ce pays. Chacun réagit à sa manière Il y a parfois dans ce Pays de la déséspérence Aussi je comprends l’action des CRAV(comme je comprend l’action les corses qui sont numériquement minoritaires chez eux ) Un journaliste de midi libre demandait il y a quelques jours à l’union des Vignerons de l’Hérault : si elle soutiendrait les actions commando on lui a répond : « Nous seront compréhensifs » (‘cf ; Midi Libre du 24 mai)Quoiqu’il en soit nous nous retrouveront tous à visage découvert pour marcher ensemble derrière le drapeau occitan.
J.C. Lakanal
Par Ressaire
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Samedi 26 mai 2007
Viticulture - Occitanie
A J.C. Lakanal .
J’ai été très touché par le commentaire que vous avez adressé sur mon blog. Je suis fils de viticulteur et beau-père d’un viticulteur qui produit des Côtes du Rhône de qualité.
Je suis donc l’actualité viticole de près et je comprends le désarroi de tous ceux qui se sont investis en vain dans ce secteur autrefois si prospère.
Néanmoins, je partage les inquiétudes et les critiques de Josep Serre. Il y a dans cette classe de petits propriétaires dont je fais partie une tentation vers des excès que je trouve fascisants. Je précise que par fascisme, j’entends une révolte particulièrement des petits propriétaires (agriculteurs, commerçants, artisans, professions libérales) qui sont menacés à la fois par le grand capital et par le progrès social. D’où le recours à la violence contre l’ordre établi qui les exclue. Cette attitude conduit à une impasse et il est contraire à leurs intérêts objectifs de soutenir cette voie.
Tout en étant compréhensif, je pense qu’une autre voie est possible même si elle est moins spectaculaire. Il s’agit de la voie démocratique pour que le peuple occitan prenne en main son propre destin économique et culturel.
Cela signifie qu’il faut se doter d’un mouvement politique indépendant et ne plus faire confiance aux Joan Promessa de gauche ou de droite.
Si c’est cela « marcher ensemble derrière le drapeau occitan » alors d’accord avec vous. Que chaque viticulteur, que chaque viticultrice ou chaque travailleur occitan ait le courage d’aller au combat électoral sous une étiquette occitane et alors nous trouverons ensemble les moyens pour défendre réellement le produit de notre travail.
C’est ce que démontre à nos portes l’exemple catalan.
J. Ressaire

Par Ressaire
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Dimanche 27 mai 2007
Fascisant !.... Vous deviez réfléchir en choisissant votre vocabulaire ! Il y a des mots qui sont trop chargés pour être acceptables. Nous avons parmi nous des désespérés mais nous sommes tous des résistants. Nous ne sommes certes pas des intellectuels pontifiants, nous avons les mains calleuses, rudes comme notre accent et rude sera notre résistance.
. Nous sommes dans l’urgence. La seule proposition que vous faites ….L’avenir lointain d’un meilleur possible. Permettez moi de vous dire que je ne peut pas accepter cette mollesse et cette passivité. vous semblez d’accord avec ce Serre qui dit: adaptez vous ou disparaissez , la mondialisation vous condamne.
Nous sommes une petite par du peuple occitan et nous voulons qu’on nous écoute…nous représentons une partie de l’économie, un réservoir culturel, une part de l’âme de l’Occitanie

Le pays meurt.
Nous ne voulons pas subir en silence; nos façons de lutter seront multiples et solidaires ;
Les politiques français ne nous entendent pas d’après votre réaction les politiques occitans leur ressemblent.

Nous nous battrons quand même pour défendre la viticulture ; sans vous et votre parti ; le drapeau occitan flottera quand même !

J.C. LAKANAL
Par Ressaire
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Dimanche 27 mai 2007
Réponse à J.C. LAKANAL

Il se peut que le mot « fascisant » soit excessif pour caractériser certaines actions des CRAV, du moins je l’espère.
Vous préférez parler de « résistance ». Je vous rappelle que les résistants de la période vichyste (1940- 1945) avaient pour but de rétablir l’indépendance de la France occupée par l’Allemagne.
L’idée d’indépendance occitane ne semble guère être présente dans les revendications des CRAV. J’y vois tout au plus une quête de solutions auprès du gouvernement français : « Nous voulons qu’on nous écoute », dites-vous.
Cela fait des années que je participe à peu près à toutes les manifestations viticoles. Chacun rentre ensuite chez soi et rien ne change.
Croyez-vous vraiment que quelques attentats nocturnes vont rétablir le cours du vin ?
Ce qui manque à la viticulture occitane et aux autres productions de notre pays, c’est un mouvement démocratique qui valorise nos produits et redonne confiance aux acteurs économiques comme c’est le cas chez nos voisins catalans. Loin de mourir leur pays est en pleine expansion économique et culturelle.
Je ne sais si le seul Parti de la Nation Occitane y suffira. Toujours est-il que nous sommes pour l’instant les seuls à avoir un projet autonome qui permette de voir un jour le drapeau occitan flotter sur notre pays comme vous semblez le souhaiter.

J RESSAIRE

Par Ressaire
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Lundi 28 mai 2007
Vous caricaturez mon propos.
Oui l'adaptation est nécessaire et elle serait plus facile si nos régions occitanes n'étaient pas des nains politiques par rapport à leurs voisines européennes. L'alternative n'est pas disparaître pour celui qui veut vivre et travailler dans notre pays occitan. L'économie du Languedoc ne se réduit pas à la vigne. Evidemment si on veut à tout prix rester dans l'agriculture, il n'y a pas beaucoup, pour des raisons climatiques, d'autres cultures possibles et rentables en Languedoc. Quant à l'OMC, elle n'est sûrement pas parfaite mais sans elle ce serait la loi de la jungle. Ne trouvez pas d'excuses à la violence. Que vous a t-elle apporté concrètement?
Josep Serre
Par Ressaire
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